Lac de Settons

La Maison du Visiteur

La Maison du Visiteur

Le visiteur d’aujourd’hui est souvent pressé et démuni devant un patrimoine qui cependant l’interpelle profondément; il a besoin d’une approche dynamique et sensible plutôt que d’emblée savante pour entrer en contact personnel avec l’architecture.

Un lieu de médiation et d’interprétation

Dans le silence de l’édifice, les sens en éveil «opèrent» la rencontre avec l’œuvre. Cependant cette rencontre requiert une disponibilité que de bonnes conditions vont favoriser.

Ainsi une introduction, ou une conclusion, à « l’expérience de voir » l’art roman, s’avère déterminante :

pour découvrir ou redécouvrir ce que veut dire être orienté et s’orienter.
pour appréhender une symbolique dont la signification ne peut être aisément découverte sans médiation,
pour se nourrir des fondements et de l’esthétique du monde médiéval dans la perspective d’éclairer les caractères du monde d’aujourd’hui.
Ce travail ne pouvant se faire dans la Basilique, ni en plein vent ou dans le bruit d’un lieu public, il fallait créer un espace pour cela. C’est ainsi qu’en 1994, une maison en plein cœur du village, non loin de la Basilique est devenue la Maison du Visiteur.

Texte écrit pour la réception inaugurale de la Maison du Visiteur le 25 mars 2003

détail de sculpture du grand tympan de la basilique de Vézelay, la maison du visiteurLa blessure du patrimoine est profonde : ce sont les larmes versées sur le cœur de Beyrouth, de Bagdad, de Kaboul, de Lhasa… Ce sont les destructions des bouddhas, des icônes, des temples de prières. Ce sont les campagnes acharnées de négation des savoir-faire ancestraux au profit d’opportunismes aveugles. Ce sont les files des peuples en exode. La blessure est profonde parce qu’elle touche le corps tout entier des peuples, les laissant mutilés, sans formes et sans voix, livrés à la survie, parfois à la haine.

Combien d’années faudra-t-il pour reconstruire? Combien de vocations humaines pour ramener à la vie ces foyers de conscience, de rêves et de destins partagés ? Combien de trésors de patience pour restituer et retransmettre?

Daniel sur chapiteau à la Basilique de Vézelay, la maison du visiteurEn des temps de déroute et de folies meurtrières, le patrimoine se dresse telle une pierre d’achoppement, nous retenant sur la pente de l’inconscience, de l’oubli et du sommeil. Loin d’être seulement une richesse à sauvegarder ou un site à visiter absolument, il nous révèle qu’il est d’abord le corps et la figure sacrée des peuples, leurs vêtements de dignité. Face à toutes les formes contemporaines de mise à mort, il s’offre comme un geste culturel qui pose la question ultime de l’être. Dans ce sens, il devient la nourriture indispensable au visiteur du jour, une sorte de viatique pour aller jusqu’au terme de son voyage.

Et si la vocation de nos patrimoines consistait d’abord en une avancée vers l’espace sacré des racines, au cœur d’un émerveillement ou d’une compassion capable de soulever et d’accompagner la question du sens?

Alors vient une autre question que nous éprouvons le besoin de nous poser plus particulièrement à nous-mêmes animateurs du patrimoine. Cultivons-nous suffisamment ces témoignages d’art et de pensée avec la conscience que la foule des visiteurs d’aujourd’hui est une assemblée d’hommes en marche vers des terres intérieures?

La mise en valeur et l’animation des patrimoines les plus prestigieux de l’humanité offrent-elles toujours aux hommes de toutes conditions, ces lieux d’intériorisation et de fraternisation ? Sont-elles, en quelque sorte, des haltes d’incitation à un changement de regard et d’innovation sur le chemin de la Paix?

(Source : www.vezelay-visiteur.com)

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